L’engagement parental et scolaire pourrait-il reduire la morbidite chez les enfants?

Sarah Musavi, CARA member

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« La chute n’est pas un échec. Quand la sécurité en milieu scolaire prime sur la santé et la réussite des enfants. » C’est le titre d’une série d’ateliers qui mériteraient d’être analysés, préparés et offerts dans la communauté, afin d’impliquer parents et enseignants dans le développement d’enfants sains et actifs.

À titre de chercheuse en soins de santé, de coach en santé et d’animatrice pédagogique au sein du système d’écoles publiques, je ne cesse de m’interroger sur le manque de ressources pour les enseignants et les parents qui martèlent « et s’il arrivait que… » à leurs enfants et qui réprimandent publiquement les « preneurs de risques », toujours au nom de la « sécurité ». Cette « manie » canadienne (parent-enseignant-règlements) de préserver la sécurité des enfants contribue à créer des adolescents mal préparés à faire face à la vie.

Si nous voulons améliorer le mieux-être des gens et des communautés, une telle recherche mettrait en lumière des arguments convaincants en faveur de l’éducation des adultes comme moyen d’améliorer la santé des enfants. J’aimerais étudier le rôle que peut jouer la peur inculquée par les enseignants et les parents (à cause d’un manque de formation et d’une réglementation confuse) dans la prévalence des maladies chroniques au Canada. Un Canadien sur cinq est atteint d’obésité (le nombre est un 1,6 fois plus élevé parmi les populations autochtones), et les causes de l’obésité sont multidimensionnelles. La directive de l’OMS sur la « nécessité d’une approche multidimensionnelle mettant notamment l’accent sur la dimension du cycle de vie »,ainsi la déclaration « Décennie pour le vieillissement en bonne santé 2020-2030 » visant un effort concerté réunissant les gouvernements, la société civile, les organismes internationaux, les médias, les experts, les milieux universitaires et le secteur privé, attestent de la nécessité de solutions en dehors du système de santé traditionnel. Le manque de formation du parent ou de l’enseignant en tant qu’intervenant en santé (outre la réanimation cardiorespiratoire et les premiers soins) serait-il l’un des aspects les plus négligés dans la lutte contre l’obésité et les troubles anxieux ? Bref, une question se pose et mérite de faire l’objet d’une recherche : l’absence du rôle des parents et des enseignants en tant que partie intégrante du système de santé dans la crise d’obésité actuelle chez Canadiens. Et qu’en serait-il si nous pouvions relier étroitement le système de santé avec la formation des adultes, l’engagement communautaire, la formation en leadership et les changements de politique ?

Je trouve que le travail de plusieurs professeurs de l’Institut d’études pédagogiques de l’Ontario (OISE) a des liens étroits avec une telle recherche. Voici quelques membres du corps professoral du programme Adult Education and Community Development [formation des adultes et développement communautaire] : 

Carol Campbell s’est penchée sur la réforme intégrale de systèmes et les stratégies de changement à grande échelle. Elle donne un cours sur l’école et la société qui couvre l’approche multidimensionnelle de la crise sanitaire.

Reva Joshee englobe, dans le cadre de son travail, l’éducation pour la paix chez les élèves et à l’échelle mondiale. Il est particulièrement intéressant de savoir comment les entreprises de recherche contribuent à créer des liens multidimensionnels avec les communautés en Inde. En cette ère d’hyperconnectivité, « ce qui se passe à Vegas (ou dans les pays du tiers monde), ne reste pas à Vegas ! »

Le programme de Lance McCready sur les déterminants sociaux de la santé visait à promouvoir la performance scolaire chez les jeunes marginalisés et des conséquences souhaitées sur leur santé.  

Jamie Magnusson s’investit dans le domaine de la souveraineté alimentaire, l’accès aux soins de santé et la formation pour les communautés marginalisées.

Manifestement ce projet pourrait suivre une multitude d’orientations, étant donné le besoin évident « d’éducation pour toutes et tous » en dehors des structures formelles et au sein des communautés. Les grands thèmes et sujets à aborder seraient les suivants :

  1. Est-il possible d’élargir le continuum des soins au-delà des piliers que sont les cliniciens pour y inclure les initiatives communautaires ?
  2. Comment peut-on mobiliser les enseignants et les parents, à tous les paliers de contact avec les enfants, pour combattre l’incidence de l’obésité et des troubles anxieux infantiles qui conduisent à des maladies chroniques plus tard dans la vie ?
  3. Explorer la possibilité de réduire les coûts du système de santé en faisant de l’implication des parents et des enseignants comme fournisseurs de soins de santé un aspect des déterminants sociaux de la santé.
  4. Quel rôle peut jouer le jardinage communautaire dans l’amélioration des interactions parent-enseignant-enfant et dans l’adoption de comportements favorables à la santé ?
  5. Comment peut-on associer cette recherche aux politiques et pratiques destinées à des améliorations en matière d’éducation et de santé ?
  6. L’importance des groupes communautaires internationaux pour améliorer la réussite des élèves en tant que citoyens du monde.

Je constate la présence d’un écart entre la formation des adultes et l’engagement communautaire, lequel pourrait être un facteur important de l’épidémie de maladies chroniques, en particulier l’obésité.

À titre de coach en santé pour femmes, je constate une spirale de peur remontant à l’enfance, qui les empêche de faire de l’activité physique, de consommer des aliments sains ou de nouer des relations significatives au sein de la communauté. La majorité des parents et enseignants sont mal préparés à être des défenseurs et des leaders de la santé des enfants. Des masses de données montrent que les maladies évitables sont liées aux habitudes alimentaires, à l’isolement communautaire, au manque d’activités physiques et au stress émotionnel. En 2015, le coût des maladies liées au régime alimentaire au Canada s’élevait à 26 milliards de dollars par an. Un enfant sur trois est obèse selon la Fondation des maladies du cœur du Canada. Trois Canadiens adultes sur cinq sont atteints d’une maladie évitable, et 700 000 Canadiens souffrent d’un trouble d’anxiété généralisé qui commence généralement à l’adolescence. Appliquer des interventions liées au mode de vie présente un immense potentiel pour trouver une solution multidimensionnelle à l’obésité et pour économiser deux milliards de dollars,.

Il y a une grande possibilité de produire une thèse très orientée vers l’action dans le cadre de discussions interdisciplinaires, en vue de jeter une lumière éclatante sur la situation et de créer des ressources pour des partenaires précieux dans le domaine des soins de santé au Canada : parents, enseignants et communautés !

Too safe for their own good: how risk and responsibility help teens thrive. Micheal Ungar. 2007

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